Networking Release 2

Lors d'une réunion hebdomadaire du CSRG, Keith Bostic aborda le sujet de la popularité de la version réseau librement diffusée et demanda s'il était possible d'effectuer une version améliorée qui puisse inclure plus de code BSD. Mike Karels et moi dûmes lui signaler que diffuser de larges parties du système était une tâche demandant un travail considérable, mais que s'il pouvait se débrouiller pour réimplémenter les quelques centaines d'utilitaires ainsi que la bibliothèque C nous pourrions bien nous occuper du noyau de la même manière. Nous pensions en nous-mêmes que cela mettrait fin à la discussion.

Comme si de rien n'était, Bostic devint le pionnier en matière de fédération de développeurs assurée par le réseau Internet. Il demanda aux utilisateurs de réécrire les utilitaires Unix en ne repartant que des descriptions publiées. Leur unique compensation serait d'avoir leur nom inscrit en tant que contributeur Berkeley à côté du nom de leur œuvre. Les contributions commencèrent lentement et portaient surtout sur des utilitaires triviaux. Mais la liste continua à augmenter au fil des ajouts et des appels à contribution que lançait Bostic lors d'événements publics tels qu'Usenix. La liste compta dès lors plus de cent éléments, et en moins de 18 mois, pratiquement tous les utilitaires et bibliothèques importants furent réécrits.

Bostic entra alors fièrement dans nos bureaux, la liste à la main, voulant savoir où nous en étions avec le noyau. Résignés à effectuer le travail, Karels, Bostic et moi passèrent les quelques mois qui suivirent à parcourir toute la distribution, fichier par fichier, supprimant le code qui provenait de la version 32/V initiale. Lorsque les choses s'éclaircirent, nous découvrîmes alors qu'ils n'y avait plus que six fichiers réseau toujours contaminés et qui ne seraient pas faciles à réécrire. Au lieu de réécrire ces fichiers pour effectuer une diffusion de tout le système, nous décidâmes de diffuser ce que nous avions. Toutefois, il nous fallait la permission des individus placés un peu plus haut dans l'administration de l'université pour diffuser cette version étendue. Après de nombreux débats et vérification de notre méthode pour déterminer la propriété du code, nous reçûmes le feu vert pour effectuer la diffusion.

Notre première idée était d'utiliser un tout nouveau nom pour notre seconde diffusion librement diffusable. Toutefois, il aurait était nécessaire de réécrire une nouvelle licence et de la faire approuver par les avocats de l'université, ce qui était une pure perte de ressources et de temps. Nous décidâmes alors d'appeler cette version, Networking Release 2 car nous ne pouvions qu'effectuer une modification de la licence déjà acceptée de Networking Release 1. La diffusion de cette seconde version librement redistribuable particulièrement augmentée débuta en juin 1991. Les termes et le coût étaient les mêmes que pour la première version. Comme la première fois, des centaines de particuliers et d'organisations payèrent 1000$ pour obtenir directement la distribution Berkeley.

Combler le vide de la seconde version pour obtenir un système totalement opérationnel ne prit pas longtemps. Moins de six mois après la diffusion, Bill Jolitz écrivit les remplaçants des six fichiers. Il diffusa rapidement un système compilé et amorçable pour l'architecture PC qu'il appela 386/BSD. La distribution 386/BSD de Jolitz s'effectua presque totalement via le réseau Internet. Il configura tout simplement un site FTP anonyme et laissa n'importe qui télécharger la distribution gratuitement. Dans les semaines qui suivirent, il eut énormément d'adeptes.

Malheureusement, les exigences du travail à plein temps de Jolitz ne lui permettaient pas de gérer le flot de corrections d'erreurs et d'améliorations destinées à 386/BSD. Quelques mois après sa diffusion, un groupe d'utilisateurs motivés constitua le groupe NetBSD pour l'aider à maintenir et à améliorer le système. Leurs diffusions sont désormais connues sous le nom de distribution NetBSD. Ce groupe décida de mettre l'accent sur le portage sur autant de plates-formes que possible et continua le développement orienté recherche tel qu'il était pratiqué au CSRG. Jusqu'en 1998, leurs distributions n'étaient effectuées qu'en utilisant l'Internet : aucun support physique n'était disponible. Ce groupe continue à cibler les utilisateurs avertis. Le site http://www.netbsd.org offre davantage d'informations à ce propos.

Le groupe FreeBSD fut créé peu de mois après la création du groupe NetBSD. L'objectif de ce groupe est de ne prendre en charge que les architectures PC et de plaire au plus grand nombre, même aux utilisateurs peu soucieux des aspects techniques. Il ressemble en cela à Linux. Ce groupe créa des scripts d'installation élaborés et commença à vendre ses CD-ROM à faible prix. L'association de la facilité d'installation avec une large promotion sur le réseau et quelques démonstrations grand public tels qu'au Comdex permirent à ce groupe de prendre très rapidement de l'importance. FreeBSD est sûrement aujourd'hui la base la plus installée des systèmes dérivés de la Release 2.

FreeBSD a également profité de la vague de la popularité Linux grâce à l'ajout d'un mode d'émulation Linux qui lui permet de faire fonctionner les exécutables Linux. Les utilisateurs de FreeBSD, grâce à elle, utilisent si nécessaire les applications destinées à Linux, dont le nombre augmente sans cesse, tout en bénéficiant de la robustesse, de la fiabilité et des performances du système FreeBSD. Le groupe a récemment ouvert un centre en ligne (http://www.FreeBSDmall.com), qui regroupe une grosse partie de la communauté FreeBSD, incluant les services de cabinets de conseil, des produits dérivés, des livres et certains articles.

Au milieu des années 1990, OpenBSD se sépara de NetBSD. Leur objectif technique concerne particulièrement la sécurité du système. Leur objectif commercial était de rendre le système plus facile à utiliser et plus accessible. Ils commencèrent à produire et à vendre des CD-ROM avec un bon nombre d'idées concernant la simplicité d'installation provenant de FreeBSD. Vous pouvez obtenir de plus amples informations sur ce projet en consultant le site http://www.OpenBSD.org.